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Immeuble haussmannien · 1853–1914

Remontées capillaires et salpêtre en cave

L'eau du sol monte dans la pierre, ronge les joints et les enduits

Les caves reposent dans un sol humide

Sous l'immeuble, les fondations et les murs de soubassement en pierre sont posés sur un terrain de remblais et de sable, souvent gorgé d'eau. La pierre calcaire est poreuse : elle aspire l'eau du sol comme un sucre trempé dans le café. C'est la remontée capillaire, une pathologie lente et universelle des immeubles anciens sans coupure de capillarité.

QuiSyndicat des copropriétaires
Qui paieCharges communes
Urgencefaible
CoûtSurveillance
ActionFaire visiter les caves une fois par an, ventiler par les soupiraux, ne rien stocker contre les murs. Noter dans le carnet d'entretien l'état des murs et du dallage.
TextesLoi du 10 juillet 1965, art. 3 : le sol, les fondations et les gros murs sont parties communes. Art. 18 : entretien courant par le syndic.

L'eau monte dans le mur

Par capillarité, l'eau grimpe dans le mur de soubassement côté rue jusqu'à un mètre, parfois un mètre cinquante. Le mur s'assombrit à la base, reste froid et humide au toucher. Le dallage des caves suinte. Les portes de cave en bois pourrissent par le bas. L'air devient lourd, avec cette odeur de cave que tout le monde connaît.

QuiSyndicat
Qui paieCharges communes
Urgencefaible
Coût800 à 2 000 € (diagnostic humidité avec mesures)
ActionFaire mesurer le taux d'humidité des murs par un diagnostiqueur (sonde ou carottage), vérifier qu'aucune fuite de réseau sous le trottoir n'aggrave le phénomène (branchement d'eau, égout).
TextesArt. 18 de la loi de 1965. Art. 14 : responsabilité du syndicat pour les dommages issus des parties communes.

Le salpêtre fleurit

En s'évaporant à la surface du mur, l'eau laisse derrière elle les sels qu'elle transportait. Ils cristallisent en une frange blanche et duveteuse : le salpêtre. Ces cristaux poussent dans les pores de la pierre et des joints, et les font éclater. Le mortier tombe en poussière, la pierre se desquame, l'enduit cloque. Le salpêtre n'est pas la cause du mal : c'est sa signature.

QuiSyndicat
Qui paieCharges communes
Urgencemoyenne
CoûtDégradation progressive des joints et enduits
ActionNe jamais recouvrir le salpêtre d'un enduit ciment étanche : l'eau monterait plus haut. Brosser à sec, améliorer la ventilation, planifier un traitement de fond.
TextesArt. 18 de la loi de 1965. Norme NF DTU 20.1 (maçonnerie) sur les coupures de capillarité, à titre de référence technique.

L'humidité atteint le rez-de-chaussée

Depuis la rue, on voit la plinthe et le bas de la façade se tacher, l'enduit intérieur de la boutique cloquer et se décoller à trente centimètres du sol. Le commerçant se plaint d'un mur qui ne sèche jamais derrière ses rayonnages. La cause est en dessous : c'est l'eau des caves qui continue de monter.

QuiSyndicat (mur) ; commerçant (revêtements intérieurs)
Qui paieCharges communes pour le traitement ; le lot pour ses embellissements
Urgencemoyenne
CoûtEmbellissements du commerce : 1 000 à 5 000 €
ActionÉtablir un constat contradictoire avec le locataire commercial, expliquer que le traitement du mur incombe à la copropriété et les finitions intérieures au lot, coordonner les deux interventions.
TextesArt. 3 et 9 de la loi de 1965 (parties communes et usage des parties privatives). Bail commercial : répartition des réparations selon le contrat.

Un orage, et la cave se remplit

Lors des gros orages, l'égout de la rue se met en charge et refoule par le branchement de l'immeuble ; la nappe monte aussi. Le puisard déborde, l'eau couvre le dallage sur quelques centimètres. Les caves des copropriétaires sont inondées : cartons, vélos, bouteilles. C'est un sinistre classique, mal indemnisé si l'immeuble n'a pas de clapet anti-retour ni de pompe entretenue.

QuiSyndicat (branchement, pompe) ; occupants (objets stockés)
Qui paieAssurance de l'immeuble (dégât des eaux) et assurances des occupants
Urgenceforte
Coût1 500 à 4 000 € (pompage, nettoyage, désinfection)
ActionFaire pomper, ventiler, désinfecter. Vérifier le clapet anti-retour sur le branchement d'égout et le fonctionnement de la pompe de relevage. Déclarer le sinistre. Rappeler aux occupants de ne rien stocker au sol.
TextesConvention IRSI si plusieurs assureurs sont concernés. Règlement d'assainissement de Paris : clapet anti-retour à la charge du propriétaire.

Traiter la cause, pas le symptôme

Le traitement combine plusieurs actions : une injection de résine hydrofuge dans le mur pour créer une barrière de capillarité, des enduits à la chaux qui laissent respirer la pierre, une ventilation permanente des caves, et la vérification des réseaux enterrés. Un cuvelage étanche n'a de sens que si l'on accepte que l'eau monte plus haut ailleurs. Comptez plusieurs mois pour que le mur sèche vraiment.

QuiSyndicat
Qui paieCharges communes, fonds de travaux
Urgencemoyenne
Coût150 à 300 € le mètre linéaire d'injection ; 8 000 à 25 000 € pour ce soubassement
ActionMission de diagnostic puis de maîtrise d'œuvre, consultation d'entreprises spécialisées, vote en assemblée, contrôle d'humidité six et douze mois après travaux.
TextesArt. 24 de la loi de 1965 (travaux d'entretien et de conservation, majorité simple). Art. 14-2 (fonds de travaux).

Bilan

L'humidité des caves n'a rien de dramatique tant qu'elle est comprise et surveillée. Elle devient coûteuse quand on la cache derrière des enduits étanches ou qu'on laisse le salpêtre ronger les joints pendant vingt ans. Ventiler, ne rien stocker contre les murs, entretenir la pompe et le clapet : trois gestes simples qui évitent la plupart des sinistres.

QuiSyndicat
Qui paieCharges communes
Urgencemoyenne
Coût10 000 à 30 000 € pour l'ensemble
ActionAprès travaux : visite annuelle des caves, relevé d'humidité, entretien de la pompe de relevage et du clapet anti-retour au contrat de maintenance.
TextesRécapitulatif des textes cités.

Les montants sont des ordres de grandeur constatés à Paris ; les références juridiques sont indiquées à titre d'orientation et doivent être vérifiées avant toute décision. Ce contenu ne remplace ni un diagnostic technique ni un conseil juridique.

Pour approfondir

Les règles de décision pour les travaux sont présentées par l’ANIL : travaux et majorités en copropriété. Les mécanismes de dégradation sont documentés par l’Agence Qualité Construction.

Ces références complètent les scénarios ; elles ne valident pas les fourchettes de coût proposées.